2.3 - Les oiseaux des roselières, l'exemple de chérine

Jacques TROTIGNON

Réserve naturelle de Chérine Mairie - 36290 Mézières-en-Brenne

Le problème posé

La destruction des roselières ou, dans certains cas, l'arrêt des formes d'entretien traditionnelles (fauche, pâturage) entraîne une réduction des capacités d'accueil de l'avifaune.
Des aménagements appropriés permettent de renverser cette tendance ou d'en limiter les effets négatifs, particulièrement pour les espèces paludicoles1, dont beaucoup sont menacées aujourd'hui (butor, héron pourpré, fauvette aquatique, etc ... ).

Milieu naturel et humain

L'exemple choisi s'applique aux étangs de la Brenne (Indre), où les roselières à phragmites et à laîches mêlées de roseaux disparaissent de façon continue, du fait du développement de la pisciculture. La taille de ces massifs de végétation est de quelques hectares en moyenne, avec des surfaces maximales de 15 à 25 ha. L'enjeu est de convaincre les pisciculteurs et les chasseurs qui assurent la maîtrise foncière et qui gèrent les étangs, d'aménager les roselières plutôt que de les détruire totalement.

Opportunité du site par rapport à l'obiectif

Toute roselière d'une certaine taille peut être aménagée à compter du momentoù elle esten voie d'atterrissement (diminution de la hauteur d'eau par accumulation de matières organiques) ou ... menacée de destruction pure et simple!!!

L'envahissement par les saules, en particulier, témoigne d'un phénomène d'atterrissement avancé, et donc d'une réduction des capacités d'accueil pour les espèces les plus aquatiques.

Méthodes possibles

Selon la surface et l'âge de la roselière à aménager, et compte tenu des aménagements envisagés (création de chenaux, clairière, îlot, etc ... ), on pourra choisir d'une façon générale entre deux méthodes :

1. Ouverture de la roselière au moyen d'engins lourds (bulldozer) Avantages : le stockage des matériaux déplacés offre l'occasion de façonner des îlots ou des banquettes le long des chenaux ou clairières réalisés (sites de nid, de toilette, de repos, d'alimentation selon les espèces) : voir schéma.

2. Cas des roselières moins atterries mais comportant quelques arbustes épais : ouverture de la roselière par simple fauche ou girobroycige des roseaux (voir brûlis). Si des saules sont présents en grand nombre sur le site, il est nécessaire de les supprimer (coupe), en épargnant cependant les sujets propices à l'établissement du phragmite des joncs (dans les secteurs proches de la terre ferme) ou par exemple du blongios nain en milieu inondé.

Gestion du milieu

- dans un second temps, se pose le problème de l'entretien des secteurs ouverts. l'idéal est de les faire pâturer (chevaux rustiques par exemple) s'ils sont situés en milieu peu profond avec une pression de pâturage qui, là encore, sera fonction des objectifs à atteindre (végétation plus ou moins dense et rase).
- en eau profonde, le plus efficace consiste à faucher la végétation sous la surface à la belle saison, en prenant garde d'éviter les secteurs de nidification (repérage préalable et guidage lors de la coupe). les petites étendues peuvent être coupées à la faux, les plus vastes doivent l'être avec un bateau faucardeur. - aménagement engins lourds : un tassage préalable à l'aide d'un engin lourd (bulldozer ou pelle mécanique) des surfaces à faucher limite, dans tous les cas, la repousse des roseaux au cours de l'année suivante, les rhizomes étant écrasés. Cette intervention, cependant, n'estd'aucun effet sur la croissance des laîches. l'utilisation d'un engin lourd permet, par ailleurs, d'aplanir les secteurs travaillés et de réduire l'épaisseur de la matière organique; de la sorte, les secteurs les moins profonds peuvent être réi nondés (création de sites d'alimentation favorables aux canards de surface par ex).

Moyens mis en oeuvre et méthode choisie

Le dessin ci-contre reproduit une clairière créée en bordure terrestre d'une roselière, sur la Réserve Naturelle de Chérine (Indre). Les étapes de réalisation ont été les suivantes :
girobroyage de la portion de roselière choisie (2 ha) lorsque l'étang est vide et le sol portant (hiver Froid ou arrière-saison sèche). (250 Francs/heure)
tassement de la surFace girobroyée au bulldozer.
pâturage, par des chevaux camargue, de la clairière réalisée durant la belle saison (avril à octobre), en complément de secteurs terrestres voisins.

Résultats obtenus

Sur le plan ornithologique, la clairière est Fréquentée entre avril et juillet par le canard colvert, la sarcelle d'hiver, le héron pourpré, le héron cendré, la poule d'eau, la Foulque, le grèbe castagneux et le martin-pêcheur de Façon régulière. Le butor étoilé et le blongios viennent y pêcher occasionnellement.

- en automne, bécassines des marais et vanneaux y sont réguliers lorsque l'étang, en vidange pour la pêche, découvre des vasières.

Le grand chenal, les chenaux et deux clairières de la roselière aménagée (étang vide).

On distingue sur le bord de la clairière située en bas à droite de la photo un tas rond qui correspond aux mottes de laîches et roseaux arrachées, accumulées et tassées. Sur la rive gauche du grand chenal, noter la banquette édifiée à l'aide de matériaux déplacés à la pelle mécanique puis tassés

1 paludicoles : qui vivent dans les roselières.